La fabrication du genre à l’école – Enquête en France et au Québec

La fabrication du genre à l’école – Enquête en France et au Québec

Cette enquête dirigée par Joëlle Magar-Braeuner, sociologue, se déroule dans quatre établissements scolaires en France et au Québec. Cette recherche sur la microphysique du pouvoir vise à dénaturaliser les rapports sociaux de sexe et à comprendre comment ceux-ci, imbriqués dans d’autres rapports sociaux tels que la position sociale, l’origine ethnique ou encore l’âge se reproduisent.
Joëlle Magar-Braeuner était formatrice auprès de futur·e·s enseignant·e·s pendant des années. Dans cette posture, elle s’est heurtée à ce qu’elle nomme un impensé :  la question de l’égalité dans l’institution scolaire. En effet, il semble que l’égalité est généralement non problématisée, admise comme « un déjà là », puisque la mixité scolaire engendrerait mécaniquement l’égalité.
L’autrice, réfute « ce déjà là ».  Elle analyse alors les inégalités entre les femmes et les hommes selon une double perspective :  la différence des sexes et le façonnement des identités de genre au travers du prisme de l’hétéro normativité. Ces deux systèmes, selon elle, s’intriquent pour maintenir la question de l’égalité en dessous d’un seuil de perception consciente : les femmes et les hommes sont immuablement différents et l’identité de genre s’inscrit naturellement et invariablement dans l’ordre de l’hétéronormativité.
À partir de ce double système normatif, la sociologue se demande : comment faire voir ce qui ne va pas ? Comment parler de ce qui n’est presque jamais nommé ?  Pour tenter de répondre, à ce qu’elle nomme son questionnement pratique, elle mobilise, d’une part, les cadres théoriques de l’ethnologie et de l’anthropologie, afin de mesurer l’écart entre ce qu’énoncent et font les instituons, ainsi que les actrices et acteurs de l’éducation. D’autre part, elle a recours à des concepts issus notamment de la sociologie pour décrire et comprendre comment se matérialisent les rapports de pouvoir et de domination dans les pratiques quotidiennes.
Joëlle Magar-Braeuner constate que l’approche de l’égalité diverge entre la France et le Québec. En effet, en France, l’égalité est un principe républicain qui n’est plus à discuter. En revanche, au Québec, l’attention est portée sur l’égalité de traitement et ses conditions de réalisation. Qu’en est-il de la situation dans les systèmes éducatifs en Suisse ?
À l’issue de cette enquête, la chercheuse invite à mobiliser des outils à visée émancipatrice. C’est-à-dire à développer, chez les actrices et acteurs des systèmes éducatifs et chez les élèves, une capacité à se déplacer de la position occupée dans les rapports sociaux vers un positionnement qui suppose la conscience d’être relié à autrui par une expérience commune. Elle illustre ce projet émancipateur, en se référant à la place accordée à la relation pédagogique dans les établissements du Québec. Cette relation induit un déplacement observable par la valorisation de liens interpersonnels au sein de la population enseignante et le développement d’une relation pédagogique avec les élèves, sans recours à l’ordre des générations. Elle décrit des espaces, hors de la classe, où ces modalités relationnelles se déploient.
Joëlle Magar-Braeuner vise ainsi à démontrer que la réduction des rapports de pouvoir et de domination dans l’ordre scolaire exige une remise en question notamment de l’ordre des privilèges, du rapport d’âge et de génération. Pour éclairer encore son propos, elle réserve, par exemple, un chapitre à un documentaire québécois fort connu « La leçon de discrimination », en référence ci-dessous.

 

 

Autrice(s)/auteur(s)

Joëlle Magar-Brauener

Domaine/discipline

Sciences de l'éducation

Mots-clés

Pédagogie de l'égalité, discriminations, féminisme

Année de parution

2019

Édition

L'Harmattan

Accès en ligne

La leçon de discrimination

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